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38. - II. Si la maladie récente, dissemblable est la plus forte, elle supprime temporairement et suspend l'ancienne plus faible, jusqu'à ce qu'elle ait achevé son cours ou soit guérie; mais alors l'ancienne affection reparaît non guérie, au stade évolutif où elle se trouvait d'abord.

            Deux enfants épileptiques ayant contracté la teigne (*) (tinea) furent délivrés de leurs accès, mais les crises reparurent comme auparavant, sitôt la disparition de cette dermatose d'après une observation de Tulpius (a).

(*) (trad- Nom vulgaire attribué à différentes dermatoses du cuir chevelu (favus,. teigne tonsurante etc... - trad).

            Schoepf (b) a vu la gale s'éteindre dès l'apparition du scorbut et renaître après la guérison de cette dernière maladie.

            Une violente fièvre typhoïde a suspendu les progrès d'une phtisie cavitaire, laquelle reprit sa marche évolutive sitôt la disparition de l'affection typhique (c).

            La manie qui se déclare chez un phtisique interrompt le cours de cette maladie avec tous ses symptômes, mais l'affection pulmonaire renaît et suit une évolution fatale si l'aliénation mentale vient à cesser (d).

            Quand la rougeole et la variole règnent ensemble (§ 40) et contagionnent toutes deux le même enfant, la rougeole déjà déclarée est d'ordinaire arrêtée dans son évolution par la variole apparue la dernière, elle s'efface et ne reprend son cours qu'après la guérison de la variole. Cependant, comme Manget (e) l'a observé, il n'est pas rare que la variole déclarée à la suite de la vaccination soit suspendue pendant quatre jours par une rougeole qui survient, et reprenne, après la desquamation, son cours habituel jusqu'à son déclin. On a même vu l'éruption de la rougeole, déclarée six jours après l'inoculation, arrêter la réaction vaccinale locale, et les pustules varioliques n'éclater que quand l'autre exanthème eut terminé sa période septénaire (f).

            Durant une épidémie morbilleuse, la rougeole se manifesta, chez de nombreux sujets, le quatrième ou le cinquième jour après l'inoculation de la variole, et jusqu'à son entière disparition s'opposa à l'éruption pustuleuse variolique qui alors apparut, pour suivre une évolution bénigne (g).

            La scarlatine lisse de Sydenham (h) rappelant l'érysipèle, mais avec angine, fut interrompue au quatrième jour par l'éruption de la vaccine qui suivit jusqu'au bout son cours complet. Après sa disparition, la scarlatine reparut. Mais, comme ces deux maladies semblent être de force égale, on a vu aussi la vaccine suspendue au huitième jour par l'éruption d'une véritable scarlatine de Sydenham. L'aréole érythémateuse vaccinale s'effaçait, puis la scarlatine ayant achevé son cours, la vaccine reprenait son développement et poursuivait sa marche habituelle (i).

            Une vaccine à sa période d'acmé, au huitième jour, subit sur le champ un temps d'arrêt par la sortie d'une rougeole. Après la desquamation de celle-ci, elle reprit et acheva son évolution, de telle manière que d'après Kortum (j) elle avait, le seizième jour, l'aspect qu'elle présente ordinairement au dixième. Le même auteur a vu la vaccine prendre au cours d'une rougeole déclarée, mais ne commencer son évolution qu'après la disparition de cet exanthème (k).

            J'ai vu, moi-même, une parotidite épidémique (Angina parotidea, oreillons) disparaître aussitôt après l'insertion et le développement de la vaccine. Ce n'est qu'après l'achèvement du cours de cette affection et la disparition de l'aréole rouge des pustules, qu'une nouvelle enflure fébrile des glandes parotides et sous-maxillaires, due au virus particulier des oreillons, reparut et parcourut son évolution septénaire usuelle.

            Il en est ainsi de toutes les maladies dissemblables; la plus forte suspend la plus faible à moins qu'elles ne se compliquent l'une l'autre, comme cela arrive quelquefois, mais rarement dans les affections aiguës.

            Cependant, jamais elles ne se guérissent l'une l'autre.

 

                (a) Obs. lib. I, obs. 8.
                (b) Dans le lournal de Hufeland, XV, II.
                (c) Chevalier, dans les Nouvelles Annales de la Médecine française de Hufeland, II, page 192.
                (d) Reil, Memorab. Fasc. III, page 171. « Mania phhtisi superveniens eam cum omnibus suis phænemenis aufert, verum mox redit phtisi et occidit abrunta mania = La manie qui survient chez une personne atteinte de phtisie fait disparaître cette dernière avec tous ses symptômes, mais dès que se dissipe la manie, la phtisie revient et tue. »
                (e) Edinb. méd. Comment. Th. I, I.
                (f) John Hunter, « Traité des maladies vénériennes », page 5.
                (g) Rainay, dans med. Comment of Edinb. III, page 480.
                (h) Décrite aussi très exactement par Withering et Plenciz, mais très différente de la fièvre miliaire pourprée (ou fièvre roodvonk) qu'on avait coutume d'appeler faussement fièvre scarlatine. Ce n'est que dans ces dernières années que ces deux maladies, à l'origine très dissemblables, se sont rapprochées par leurs symptômes.
                (i) Jenner, dans les Annales de médecine, 1800, août, page 747.
                (j) Dans le Journal de Hufeland, XX, III, page 50.
                (k) Loc. cit.

 

39. - L'école médicale officielle est témoin de ces faits depuis des siècles. Elle a vu la nature elle-même impuissante à guérir une maladie quelconque par la survenance d'une autre, même très intense si elle n'est point semblable à celle déjà existante.

            Que doit-on penser de cette école qui n'en a pas moins continué à traiter les maladies chroniques par des moyens allopathiques, Dieu sait même avec quels médicaments et quelles formules! Et toujours avec des substances qui ne pouvaient qu'engendrer un état maladif non semblable au mal qu'il fallait guérir! Même si les médecins n'avaient pas jusqu'alors observé la nature avec assez d'attention, ne leur aurait-il pas été possible cependant d'apercevoir d'après les tristes suites de leurs procédés, qu'ils étaient sur une fausse route, allant à l'encontre du but?

            Ne s'apercevaient-ils pas qu'en ayant, selon leur coutume, recours à des moyens allopathiques violents contre les maladies chroniques, ils ne faisaient que créer une maladie artificielle, dissemblable de la maladie primitive, qui ne la suspendait, ne la réduisait au silence que pendant le temps de sa propre durée ? N'observaient-ils pas surtout que la maladie primitive reparaissait et devait toujours reparaître dès qu'on interrompait les traitements agressifs allopathiques, l'affaiblissement des forces du malade devenant tel, qu'il n'était plus possible de persévérer à consumer ainsi le principe de la vie?

            C'est ainsi assurément que s'efface, par des purgations énergiques et souvent répétées, l'éruption scabiéique. Mais, lorsque l'intolérance aux purgatifs est telle que le malade est obligé d'y renoncer ne pouvant plus supporter l'affection intestinale dissemblable qu'on lui inflige, alors l'efflorescence cutanée réapparaît et s'épanouit. Ou bien la psore interne se ranime par suite de la dyspepsie douloureuse due aux purgatifs avec l'asthénie provoquée par la perte des sucs vitaux, suite des purgations répétées, imposant au malade outre sa maladie première qui n'est en rien diminuée, quelque nouveau symptôme grave.

            De même, quand les médecins officiels entretiennent des sétons et cautères (*) croyant par là détruire une affection chronique, jamais ils n'atteignent au but qu'ils se proposent, jamais ils ne guérissent ainsi, parce que ces exutoires factices sont tout à fait étrangers, c'est-à-dire allopathiques, au mal interne. Cependant, comme l'irritation résultant de sétons multiples cause un mal (dissemblable) dans bien des cas plus fort que la maladie interne, celle-ci au début de ces interventions intempestives est parfois réduite au silence pendant quelques semaines. Mais elle n'est qu'interrompue et pour une courte période seulement, le malade s'épuisant progressivement. Une épilepsie, supprimée pendant de nombreuses années par des cautères, reparaissait constamment et plus violente que jamais, dès qu'on laissait ceux-ci se cicatriser, comme Pechlin (a) et autres l'attestent.

            Les sétons sont aussi dissemblables, étrangers et allopathiques peut-on dire à l'épilepsie que les purgatifs vis-à-vis de la gale ou que les mélanges d'ingrédients inconnus dont on fait usage dans la pratique vulgaire le sont à l'égard des innombrables autres formes de maladies nommées ou innommées. Ces mélanges ne font qu'affaiblir, refouler et suspendre les maladies, et cela provisoirement, sans pouvoir les guérir, outre que leur usage répété ne manque jamais d'ajouter un nouvel état morbide à l'ancien.

 

  (*) (trad- On pourrait ajouter des abcès de fixation - trad).

                (a) Obs. phys. med. Iib. 2, obs. 30.

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