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40. - III. Il peut aussi arriver que la maladie récente, après avoir agi longtemps sur l'organisme, finisse par s'allier finalement à l'ancienne, qui lui est dissemblable, et forme avec celle-ci un complexe morbide. Chacune affecte alors une localisation spéciale dans l'organisme, et s'installe dans les organes présentant une affinité élective à son égard, abandonnant les autres régions à celle qui lui est dissemblable.

            Ainsi, un syphilitique peut encore contracter la gale et réciproquement; ces deux maladies étant dissemblables elles ne peuvent s'anéantir ni se guérir l'une l'autre. Au début de cette poussée évolutive, pendant que l'éruption scabiéique commence à paraître, les symptômes vénériens s'effacent puis semblent disparaître, mais en réalité, persistent. Avec le temps, la maladie vénérienne, (équivalente au moins en force à la gale) sort de sa période latente, se révèle, s'associe à l'affection scabiéique (a). Puis, chacune de ces deux maladies dissemblables finit par se localiser dans les régions de l'organisme à affinité élective, le sujet n'en devenant que plus malade et plus difficile à guérir.

            En cas de simultanéité de maladies contagieuses aiguës, dissemblables, par exemple variole et rougeole, habituellement, comme je l'ai déjà dit, l'une suspend l'autre. Cependant il s'est trouvé quelques épidémies violentes où, dans des cas rares, deux maladies aiguës dissemblables ont envahi simultanément un seul et même sujet et se sont pour ainsi dire compliquées l'une l'autre pendant peu de temps.

            A l'occasion de la coexistence d'épidémies de variole et de rougeole, P.Russel (b) constata un seul cas où les éruptions de ces deux maladies dissemblables se présentèrent simultanément chez la même personne. D'autre part, dans la multiplicité des sujets atteints, on observa trois cents cas où les deux maladies s'exclurent; dans un certain nombre la rougeole d'abord suspendue n'éclata que vingt jours après l'éruption variolique, dans d'autres la variole dix sept à dix-huit jours après l'éclosion de l'exanthème rubéolique, c'est-à-dire après la disparition totale de la première maladie.

            Rainey (c) a relevé la simultanéité de variole et de rougeole chez deux fillettes. J. Maurice  (d) dit n'avoir rencontré que deux cas semblables dans toute sa carrière. On trouve des exemples similaires chez Ettmüller (e) et quelques autres auteurs. Zencker (f) a vu la vaccine suivre son cours régulier conjointement avec la rougeole et la fièvre miliaire pourprée, et Jenner la vaccine parcourir tranquillement ses périodes au cours d'un traitement mercuriel chez un syphilitique.

 

(a) Des expériences précises et des guérisons obtenues dans cette catégorie d'affections complexes m'ont convaincu qu'elles ne résultent pas de la fusion de deux maladies, mais qu'en réalité les deux affections dissemblables existent simultanément, l'une à côté de l'autre dans l'économie, occupant chacune les parties qui leur conviennent électivement. En effet, la guérison complète s'opère par l'alternance opportune des meilleurs remèdes antisyphilitiques et antiscabiéiques, dosés et préparés de façon mieux appropriée (*).

(b) Voyez "Transactions of a society for the improvement of medical and chirurgical knowledge II.                (
c) Dans. Med. comment. Edimb. III, p. 480.
(d) Dans le med. and phys. Journal 1805.
(e) Opera II. P. I. Cap. 10.
(f) Dans le "Journal de Hufeland", XVII.

                (*) (trad - Précisons la pensée du Maître: un syphilitique contracte la gale. Celle-ci provoque une éruption intense qui a pour résultat d'atténuer les symptômes vénériens.Traitement antiscabiéique homéopathique. La gale s'atténue à son tour, ce qui a pour résultat de faire ressortir de nouveau les symptômes vénériens. Les deux affections dissemblables existent ainsi simultanément, avec prédominance tantôt de l'une, tantôt de l'autre. Le médecin, suivant la prédominance constatée. donnera soit un remède antisyphilitique, soit un remède antipsorique, et finira par guérir l'une et l'autre maladie - trad).

 

41. - La coexistence de plusieurs maladies naturelles dissemblables qui s'associent et ainsi se compliquent mutuellement chez un même sujet, est une éventualité qui peut quelquefois se produire spontanément.

            Mais il est infiniment plus fréquent que ces complexes morbides résultent de l'usage prolongé de médicaments non appropriés au cours du traitement allopathique malencontreux d'une maladie quelconque.

            Par suite de l'application prolongée de drogues dont les indications sont uniquement arbitraires et hypothétiques, on finit par ajouter, à la maladie naturelle qu'il s'agit de détruire, de nouveaux états morbides chroniques, souvent très opiniâtres, correspondant à la nature des produits utilisés.

            Ces états morbides médicamenteux ne peuvent guérir la maladie naturelle, car les substances administrées n'exercent pas sur elle une action similaire, c'est-à-dire ne lui est pas homéopathique. Alors, peu à peu, ces syndromes d'intoxication médicamenteuse s'incorporent à l'affection chronique sous-jacente, la compliquent, et à l'ancienne maladie en ajoutent une nouvelle, artificielle, dissemblable, de caractère chronique. Ainsi, le sujet devient doublement malade et bien plus difficile à guérir. Il est parfois rendu incurable, et souvent peut en mourir. De nombreux cas cliniques consignés dans la littérature médicale nous en fournissent des preuves.

            Il en est de même dans les cas fréquents où le chancre syphilitique compliqué le plus souvent de gale - ou en certaines occasions de dyscrasie sycotique condylomateuse - loin de guérir par un traitement continu ou intermittent avec des doses massives de préparations mercurielles non appropriées, poursuit son évolution à côté de la maladie mercurielle chronique (a) engendrée insensiblement.

            Cette combinaison de la maladie naturelle du sujet avec l'intoxication médicamenteuse forme un complexe morbide souvent monstrueux, désigné en général sous le nom de maladie vénérienne larvée, qui, si elle n'est pas complètement incurable, ne peut cependant être guérie qu'au prix des plus grandes difficultés.

 

   (a) En effet, le mercure, administré larga manu, engendre des maux nouveaux et exerce dans l'organisme des ravages considérables, surtout dans les complications si communes provenant de la psore. En plus des symptômes caractéristiques du chancre, le mercure, qui, grâce à cette similitude, peut guérir homéopathiquement la maladie vénérienne, a la faculté de produire encore beaucoup d'autres symptômes pathogénésiques n'ayant aucun rapport avec elle: par exemple, des exostoses, des caries osseuses mercurielles, etc... (*).

                (*) (trad - La remarque d'Hahnemann est pertinente, car à son époque on recherchait  même la salivation, on la croyait nécessaire, ce qui n'est plus le cas de nos jours. Cependant les symptômes d'intoxication mercurielle sont cités encore aujourd'hui dans un grand nombre d'ouvrages modernes et ne font que confirmer les expériences d'Hahnemann - trad).

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