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Fausse science et calomnies
Par le Dr. Edouard Broussalian.
Voir aussi: Désinformation, Réponse au Nouvel Observateur
La pétition internationale
lancée pour la sauvegarde de l'homéopathie a recueilli de très
nombreux messages et témoignages. Cependant, parmi ceux-ci une petite
poignée d'individus ont cru bon soit d'insulter les homéopathes et
leurs patients, soit de démontrer "scientifiquement" que
l'homéopathie n'est que du vent. Voici un échantillon des échanges
que nous avons pu lire et qui m'ont frappé par leur contenu souvent
haineux:
-En appeler aux Droits de l'Homme, franchement
! Restons sérieux. Aux Armes... contre les charlatans qui vivent sur
le dos de la Sécu !
Réponse d'un lecteur: il me semble mon
cher que contrairement à ce que vous pensez, les homéopathes
vivent bien moins sur le dos de la sécu que les médecins qui
rendent encore plus malade, et font de la france un des pays les
plus gros consommateurs de medics !
Savoir regarder ses défauts avant ceux des
voisins ! hehe !
-Homéopathie et placebo même combat! Un
petit article scientifiquement prouvé celui-là pour mûrir votre réflexion.
La légende de l'homéopathie : des mises au point qu'appelle la
raison
Réponse d'un lecteur: Si les médicaments
homéopathiques ne sont que des granules de sucres sans aucune
efficacité, comment se fait-il que l'agence du médicament
interdise seulement certaines de ces granules ? A quand
l'interdiction de la vente de sucre en poudre et en morceaux dans
les supermarchés ?
Réplique: le sucre n'est pas vendu dans
les supermarchés pour soigner les gens que je sache !
-Bravo à l'agence du médicament. je ne
comprend (sic) pas pourquoi la secu tolère un placebo comme l'homeophathie.
Halte aux gourous homeo qui utilisent la crédulité. Un peu d'évaluation
et tout s'écroule.
Ce qui me surprend toujours dans ce genre de
cas de figure c'est comment nos semblables défigurent souvent leur
propre humanité en se permettant d'étaler leur niaiserie, leur
inculture (de l'homéopathie entre autres), leur méchanceté, et leur
absence totale d'humilité. Il n'est pas plus niais -comme ces gens
le démontrent brillamment- que celui qui sait, et qui l'affiche haut
et fort.
Il faut tout de même avoir un sacré ego pour
clamer que l'on est le seul à avoir raison, en méprisant royalement
les centaines de messages et de témoignages de gens a priori pas plus
tarés que d'autres qui eux ont essayé et ont tranché d'après les
résultats cliniques.
Un homéopathe est d'abord un médecin, qui a
réalisé que la médecine qu'il a apprise ne lui permet pas de guérir
(oui, j'ose écrire ce mot) ses malades mais seulement de les soulager
temporairement.
L'homéopathe s'est donc donné la peine de
se remettre en cause et d'essayer si une autre façon de faire pouvait
exister et rendre service. Cette démarche est expérimentale et
scientifique. C'est à chacun de forger son opinion par sa propre expérience,
en plongeant soi-même les mains dans le cambouis et non pas en se
contentant de lire quelques publications. En ce sens trop de confrères
ne pensent pas par eux-mêmes et sont incapables d'observer d'un oeil
critique les phénomènes auxquels ils assistent tous les jours et d'en
tirer un enseignement. Il est vrai que nos études ne favorisent pas l'étudiant
doué de sens critique, mais plutôt celui dont la mémoire est capable
de recracher ce qui lui a été inculqué, tout comme ces gens qui ont
lu Dieu sait quoi et pensent être informés et être en mesure de
donner des leçons.
Pire encore, pétri de leurs certitudes,
incapables de la moindre réflexion ces messieurs se cramponnent misérablement
à l'acquis actuel et endossent le costume de ceux qui ont réfuté la
rotondité de la terre en démontrant que les gens aux antipodes
tomberaient, qui ont réfuté la rotation de la terre par le fait que
les oiseaux ne volent pas plus vite dans un sens que l'autre, qui ont
démontré scientifiquement que le plus lourd que l'air ne pouvait pas
voler, etc.
Je leur donne ce conseil: osez ouvrir un peu
les yeux, apprenez à respecter autrui, surtout quand il s'agit de médecins
qui ont des années d'expérience derrière eux et cherchez à penser
un jour par vous mêmes. N'ouvrez pas de littérature polémiste,
ouvrez l'Organon de Hahnemann, critiquez le, testez le. Apprenez les
symptômes qui appellent un remède dans la matière médicale, donnez
le et voyez s'il se passe quelque chose. Le grand Clemenceau vous
aurait répliqué : " cessez d'être con, vous n'en
avez ni la profondeur, ni la saveur. "
Ci après quelques commentaires d'un article
cité comme arme anti homéopathique de référence par un internaute.
Je me donne cette peine car le contenu de l'article est typique de ce
genre de littérature polémique qui se drape dans un verbiage pseudo
scientifique, de sorte que de répondre à celui-ci me permettra de répondre
par avance aux autres de la même veine. Il va de soi que ces quelques
notes se destinent uniquement aux gens de bonne volonté à l'esprit
ouvert, je ne me fais aucunement l'illusion d'ouvrir les yeux des
aveugles volontaires :
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Extrait du Québec Sceptique no 26, page 31, été 1993. par
Georges-André Tessier
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L'ouverture de la Commission parlementaire sur les thérapies
alternatives a été l'occasion de discours enfiévrés et d'une
importante enflure de langage. Ces symptômes, croyons-nous, appellent
une intervention thérapeutique qui faute d'être
"alternative" se contentera d'être professionnelle.
Dès le début, nous ne prétendrons pas guérir, ni même soigner,
tous les malades. Nous ne ferons que quelques mises au point sur les médecines
douces en prenant un exemple particulier : l'homéopathie. Nous avons
choisi cet exemple parce que l'homéopathie est la thérapie
alternative dont les prétentions scientifiques sont les plus présomptueuses
et parce qu'elle cherche actuellement à s'introduire subrepticement
dans le système de santé en profitant de la percée et de l'écran
que lui offre une technique beaucoup plus légitime qu'est
l'intervention des sages-femmes.
Au niveau du discours, retenons ceci :
D'abord, l'homéopathie joue double jeu. Le moindre article sur
l'homéopathie qu'on trouve dans les pages d'une presse complaisante
(1) fait valoir tout à la fois cette technique comme "une thérapie
nouvelle" et comme "remontant à la nuit des temps". Il
est normal de chercher à se faire du crédit en faisant valoir ses
racines anciennes ou de faire excuser ses lacunes en plaidant sa
jeunesse, mais dire à la fois qu'on est nouveau et ancien, n'est-ce
pas beaucoup ?
Il est regrettable d'avoir à lire de pareilles sornettes. L'homéopathie
est pratiquée par des médecins, en tant que tels nous n'avons pas à
clamer que nous guérissons tout et faisons voir les aveugles, pas plus
que ne le font nos confrères.
C'est une thérapie nouvelle car énoncée pour la première fois
par Hahnemann au terme de 8 ans d'expérimentations. C'est
d'ailleurs la première fois dans l'histoire de la médecine que
l'on a fait appel à la démarche expérimentale. Les lois édictées
par l'expérimentation " remontent à la nuit des temps "
ou plutôt ont toujours existé en attendant leur formulation. La
gravitation universelle est une nouveauté qui elle aussi remonte en
fait à la nuit des temps. La façon d'exposer les choses est
parfaitement malveillante.
Ensuite, les homéopathes, pour se décrire eux-mêmes,
brandissent des qualificatifs flamboyants qui ont bonne presse. On
n'hésite pas à se dire "plus respectueux de l'individu, plus
naturel, plus global", et surtout "holistique" le
nouveau mot-clé des médecines occultes.
L'application rationnelle des agents thérapeutiques comme dit
Hahnemann implique que la prescription d'un médicament se fasse
d'après la ressemblance de celui-ci envers les signes et symptômes
du cas. Qu'est-ce à dire ?
1. L'observation du malade montre que
l'organisme entier présente des symptômes de la tête aux pieds.
Nous sommes bien obligés de constater qu'il existe un dérèglement
interne responsable de cet ensemble, mais sa nature nous échappe. Par
contre on peut caractériser ce dérèglement par l'ensemble de ses
effets. Voilà la démarche pragmatique de l'homéopathie. Point de
trace de la moindre théorie. On remarquera qu'avec ce modèle, la
notion de maladie apparaît illusoire. En effet une maladie est
diagnostiquée d'après l'ensemble des signes communs aux malades,
par exemple une migraine se définit par des critères bien précis,
mais l'homéopathie fait éclater ce cadre étriqué de la nosologie
car ce groupe de symptômes arbitrairement choisis et appelés migraine
ne représente qu'une fraction des symptômes du patient. Par exemple
la patiente pourra avoir des maux de ventre abominables avant ses règles,
souffrir d'une peur de l'obscurité qui la handicape, présenter une
insuffisance veineuse qui lui rend les mois d'été insupportables.
D'où l'absurdité de donner comme on nous l'a appris un
traitement pour la migraine, un pour la dysménorrhée, un pour la
circulation veineuse.
Les patients, qui ont l'esprit ouvert bien plus que certains
ignorants bardés de diplômes, se rendent bien compte qu'il s'agit
d'un dérèglement général.
Ici les deux médecines s'opposent, mais se complètent pourtant.
La chimiothérapie classique permet un soulagement des symptômes,
jamais le moindre rétablissement durable. Au contraire les lois de l'homéopathie
permettent de trouver une substance capable de s'adresser à
l'ensemble des symptômes.
On est donc amené à considérer le patient comme un tout, ce que
recouvre le terme pompeux d'holistique (qui ne figure pas dans le
vocabulaire homéopathique, nous n'avons que faire d'un pléonasme).
En ce sens aussi l'homéopathie respecte l'individu dans sa réalité
de patient malade.
Le fait de suivre des lois dans l'indication du traitement font
que l'on peut dire que l'homéopathie est " naturelle ",
tout comme il est naturel de placer un satellite sur orbite en fonction
des lois de Newton. Le terme naturel est mal adapté, comme nous allons
le voir maintenant :
2. OK, tout ça c'est joli, mais comment
un médicament peut il être indiqué ? Hahnemann a colligé des
milliers d'observations, toutes tirées de la médecine officielle de
son époque, qui à défaut d'être efficace avait le mérite de
produire des observations raffinées. On observe ainsi que deux
affections qui produisent des symptômes dissemblables se repoussent
mutuellement.
Exemple : dans les épidémies de scarlatine, on observe des
cas de rougeole qui se greffent sur la scarlatine. Dans ce cas le cours
de la scarlatine est interrompu, la rougeole suit son cours, puis une
fois en phase de récession, la scarlatine reprend son cours. On peut
multiplier les exemples mais j'abrège, que ceux qui veulent
s'instruire s'en donnent un peu la peine.
Venons en maintenant à l'observation princeps d'où Hahnemann a déduit
la loi de similitude. Cet homme intègre, à la clientèle nombreuse
avait cessé d'exercer à cause de la conscience aiguë qu'il avait
de ne faire rien d'autre que tuer ses malades. Parlant couramment 6
langues plus le latin et le grec (ce qui n'est pas le cas de beaucoup
de ses détracteurs), il a survécu en traduisant des ouvrages médicaux.
Or il traduit un jour un texte du grand Cullen expliquant que le
quinquina soigne le paludisme car la drogue " renforce les
parois de l'estomac ". Cette affirmation sembla d'autant
plus gratuite à Hahnemann qui avait déjà pris du quinquina et avait
remarqué les maux d'estomac que l'écorce lui donnait. Il décide
alors d'essayer d'en prendre pour voir. La démarche expérimentale
était née. Hahnemann observe que dès les heures qui suivent la prise
de quinquina, il a les oreilles qui bourdonnent, une affreuse sensation
de malaise général, il se sent très fébrile et frissonne. Il arrête
les prises et constate la régression des troubles. Il en reprend et
cela recommence. Ici encore le lien de causalité établi par l'arrêt
puis la reprise de la drogue est une démarche expérimentale toute nouvelle dans l'histoire. Le quinquina provoque chez quelqu'un
qui n'a pas de fièvre palustre des symptômes y ressemblant
fortement. Se pourrait-il que ce soit à cause de cela que l'écorce
soigne l'accès palustre ?
Hahnemann va expérimenter pendant 8 ans afin d'essayer de répondre
à cette question. Pour quelqu'un qu'on accuse d'être illuminé,
ça laisse rêveur quand on sait que nos jeunes scientifiques ont
aujourd'hui pour objectif de "sortir" le maximum de
publications dans un minimum de temps. Or donc, l'expérimentation lui
permet de formuler le nouveau principe d'application des médicaments
d'après la ressemblance avec les signes du malade.
3. Comment explorer la ressemblance ?
En expérimentant les substances pour voir de quelle façon elles
rendent malade. Ici encore, pas de théorie, mais des faits. Une
substance va dérégler l'intérieur de l'organisme selon des mécanismes
qui nous échapperont toujours, mais elle produit des signes et des
symptômes qui signent indirectement son activité. On peut donc dresser
le tableau clinique que produit une drogue, ce qui permet d'établir le
portrait de la maladie artificielle du médicament en colligeant les
observations du plus grand nombre de testeurs.
4. L'application de la similitude :
l'administration d'une substance dont le tableau ressemble au plus
près à celui du malade entraîne un réaction vers la guérison. Ici,
bien qu'utilisant des mécanismes " naturels ", le
principe homéopathique est tout sauf naturel, c'est même archi
contre le sens commun que de donner une substance qui ressemble à la
maladie dans ses effets. Il convient donc de bannir l'adjectif " naturel "
qui n'a pas sa place dans une discussion scientifique.
On ne peut qu'une fois de plus regretter les insultes du type
" occulte " : qu'y a-t-il d'occulte dans ce
qui précède ? C'est justement parfaitement clair et lumineux,
comme aurait dû l'être notre enseignement à la Faculté qui nous
fait déboucher sur des traitements souvent aussi toxiques que peu
durables dans leurs effets.
Qu'est-ce qu'une thérapie cloisonnée aux symptômes et à une
caractérologie douteuse peut avoir de plus global, de plus
holistique ? En quoi des granules et des gouttes homéopathiques dérivés
de produits toxiques sont-ils plus naturels que des antibiotiques ?
L'homéopathie se garde bien de répondre à ces questions.
Affirmation gratuite une nouvelle fois.
Je prends de mon temps pour répondre à ces questions idiotes. Nous
venons de voir en quoi l'homéopathie est " holistique ",
non seulement dans la vision d'ensemble du malade et non plus de la
maladie, mais surtout dans ses moyens de l'appliquer.
En effet, le terme holistique fait couler bien de l'encre. On voit
ainsi des médecins tenter de grouper leurs compétences spécialisées
pour faire face " holistiquement " au cas du malade.
C'est hélas aussi uni qu'un patchwork ou aussi illusoire que de
vouloir reconstituer un saucisson en recollant les tranches. Le médicament
homéopathique doit concorder avec l'ensemble du tableau du cas. Cela
signifie qu'un homéopathe ne donne qu'un seul médicament, celui
qui est le plus ressemblant au cas. C'est ici encore que l'auteur de
l'article montre son ignorance la plus totale du sujet.
La question pertinente aurait été de demander comment une thérapie
qui semble se baser sur des symptômes peut elle être étiologique ?
Le public cultivé pourra y réfléchir.
Je répète ici que l'homéopathie n'est naturelle que dans le
sens où elle exploite des mécanismes naturels qui ramènent à la santé.
Les médicaments homéopathiques n'ont rien de " naturel ",
et ne le sont certainement pas plus que les antibiotiques. Le fait est
que le terme " naturel " est exploité par des
laboratoires homéopathiques dans le but de créer une automédication,
source de profit.
Combien trouve-t-on d'homéopathes qui suivent les règles découvertes
par Hahnemann ? Très peu justement. Par contre, qu'on ne vienne
pas me casser les oreilles en ayant à rendre compte des déclarations
d'ignorants qui font des affirmations qui n'engagent qu'eux, je ne
suis pas responsable non plus de ce que dit Rika Zaraï. Je mets au défi
quiconque de m'avoir entendu dire que l'homéopathie est " douce "
ou " naturelle ". Ce langage n'appartient pas à
l'homéopathie, mais au marketing des laboratoires, qui je le rappelle
sont le pire obstacle au développement de l'homéopathie.
Finalement, les homéopathes prétendent que leurs potions ont
des propriétés curatives. Elles aideraient, paraît-il, à
stimuler le système immunitaire, à prévenir des maladies et à
remettre sur pied des personnes déjà malades. Par ailleurs, ces résultats
miraculeux des médicaments homéopathiques seraient obtenus
"sans effets secondaires".
Nous ne prétendons pas, nous affirmons.
Par contre un homéopathe n'a pas à rentrer dans les théories en
vogues pour fournir des " explications ". Le seul
fait que quelqu'un s'appuie sur ce genre d'arguments montre son
ignorance profonde de l'homéopathie et souvent son besoin maladif de
reconnaissance par "l'establishment". Explication : une
femme vous consulte car elle a mal aux seins avant les règles.
Heureusement dit-elle, son médecin lui a expliqué : c'est un
trouble hormonal. Bien, maintenant demandons pourquoi ses hormones sont
elles déréglées ? Pas de réponse. En fait le système
physiopathologique sur lequel repose la chimiothérapie actuelle est dénué
de sens. A chaque fois que l'on découvre un mécanisme, on en trouve
cent autres, et ainsi de suite. Je fais remarquer toutefois que je ne
conteste certainement pas la connaissance scientifique ni le progrès de
notre compréhension de la nature. Cependant la connaissance de ces
rouages apparaît arbitraire et tend vers l'infini. Utiliser des
principes et interférer avec des mécanismes qui ne représentent
qu'une infime parcelle de l'organisme dans le but de soigner des malades
apparaît de plus en plus comme une impasse.
La force de l'homéopathie c'est justement de ne pas avoir à
entrer dans ce dédale. Quels que soient les mécanismes, tel patient
fera tel symptôme alors que tel autre fera tel autre symptôme. La
seule chose qui compte c'est la sensibilité personnelle, où si on préfère
sa réactivité personnelle. C'est le champ qu'explore
l'homéopathie, et qui est laissé totalement de côté par la vieille
médecine.
Là encore seul un ignorant peut affirmer qu'il n'y a pas
d'effets secondaires. Cette déclaration ferait rire la plupart de mes
malades, qui hésitent parfois à prendre une dose à cause des réactions.
Si l'homéopathie est active, il y a forcément des effets
secondaires, on est bien d'accord là dessus.
Je suis désolé que les auteurs de cet article ne prennent pas la
peine de s'informer avant d'affirmer. Je peux aussi demander à ma
voisine horticultrice son avis sur l'interaction faible dans les accélérateurs
de particules et faire un bel article sur la physique quantique.
Les réactions qui suivent la prise de quelques globules peuvent être
redoutables. C'est au médecin de déterminer notamment la hauteur de
la dynamisation et la quantité de médicament afin d'éviter ces effets
désagréables. Au sens de la médecine classique, ce ne sont pas des
effets secondaires mais uniquement des effets réactifs à la
suite de la prise. La rapidité de l'action du médicament homéopathique
étonne très souvent les malades qui crient volontiers au miracle.
C'est dire le niveau d'ignorance où nous sommes tombés en cette
fin de XX ème siècle.
Devant de tels énoncés, on se surprend que la plupart des médecins
se privent d'un arsenal "aussi efficace" (!) pour faire la
guerre aux maladies. Mais voilà où le bât blesse : l'homéopathie
n'est efficace que dans l'imaginaire et le discours des homéopathes.
La science dit : Non !
Si l'homéopathie n'était efficace que dans notre discours et
dans notre imaginaire, les malades ne nous plébisciteraient pas. Le
ministre Guizot, sous Louis Philippe, répondait aux membres de la
Faculté voulant faire interdire l'homéopathie " si c'est
une charlatanerie, elle disparaîtra d'elle même ". C'est
justement parce que de plus en plus de malades viennent consulter les
homéopathes que cela gêne. Ce n'est pas la science qui dit non,
c'est l'imaginaire et le discours calomnieux de l'auteur de
l'article.
Le malheur de l'homéopathie vient de ce qu'elle découle purement
de l'observation clinique et qu'elle a précédé dans son application
la découverte des principes physiques capables de rendre compte de son
activité. Il est étrange que la presse n'ait pas fait écho des
nombreuses publications scientifiques qui étudient le médicament homéopathique.
Nous parlerons plus loin des expérimentations cliniques, de réalisation
difficile, et aux résultats toujours interprétables, n'en déplaise
aux statisticiens.
Des centaines de recherches portent sur les principes
chimiques présumés par les homéopathes et sur l'efficacité des médicaments
homéopathiques. La plupart sont le fait d'homéopathes et, de
l'aveu même des homéopathes (2,3), de très mauvaise qualité. Les
seules recherches qui respectent les critères de rigueur
scientifique montrent que les principes homéopathiques sont
invraisemblables et que les granules homéopathiques ne sont pas
plus efficaces que des granules de sucre de même apparence. Ils ne
sont efficaces ni pour les adultes, ni pour les enfants, ni pour les
animaux.
Une seule étude clinique a été réalisée conjointement par
des homéopathes et des savants sceptiques dans le respect des critères
de rigueur scientifique. Elle fut commandée en 1985 par le ministère
des Affaires sociales français à l'I.N.S.E.R.M. L'évaluation
portait sur deux médicaments homéopathiques censés hâter la
reprise des transits intestinaux après chirurgie. Les résultats
publiés dans The Lancet (4) montrent de façon incontestable
l'inefficacité des deux produits.
Un conte de fée savamment entretenu
Décidément l'auteur a dû faire un stage chez les soviets.
Aujourd'hui en effet il existe de nombreuses études qui montrent
l'activité de l'homéopathie in vitro et en clinique. Je suggère
une fois encore de s'informer avant de parler. Voyez par exemple les
travaux remarquables de Madame Bastide, qui eux ne bénéficient pas de
la publicité des études citées ci-dessus.
Mais quelles études en fait : on donnait Opium ou Raphanus
pour voir si le transit intestinal reprenait plus vite après une opération
(étude 4 du Lancet).
Un homéopathe, comme tout médecin, sait qu'il existe un seuil
physiologique de 3 jours que l'on ne peut transgresser. Si le transit
ne reprend pas au-delà, il faut alors traiter. L'étude ne comprenait
même pas ce critère élémentaire. De même on ne donne pas un remède
pour une fracture : on la réduit d'abord puis si le cal ne se
forme pas, on est obligé de traiter.
Ensuite pourquoi Opium ou Raphanus ? Le tableau clinique peut
indiquer n'importe quel remède de météorisme, soit environ 230 médicaments.
C'est comme si on prouve que les voitures n'existent pas car devant
votre fenêtre vous n'avez pas vu passer une Clio et une Ford T.
Cette étude comme tant d'autres de ce genre montre clairement le
processus insidieux de la pseudo démonstration scientifique. Les " homéopathes "
qui cautionnent l'étude ne le sont évidemment pas, mais ça permet
de faire couler de l'encre et de répandre la calomnie. Il va falloir
informer le public que la science elle même est pervertie pour ne plus
servir que les gros profits pharmaceutiques, les études cliniques font
bien rire dans les condition où elle sont pratiquées. A court
d'arguments contre l'homéopathie, on en vient à publier des études
bidon pour alimenter des articles comme celui-ci. On pourra se
demander qui subventionne cela et à qui profite le crime ?
La vente des granules et des gouttes homéopathiques
rapporte des centaines de millions (5) aux compagnies qui les
fabriquent. Aussi, lorsque par accident ou par négligence, un
chercheur isolé trouve des résultats qui semblent confirmer les
chimères homéopathiques, il jouit automatiquement d'une large
diffusion dans les pharmacies et les organismes de presse (en
France, tout au moins) payée, bien sûr, par les compagnies
pharmaco-homéopathiques. Par contre, lorsque dans les mois qui
suivent, des laboratoires indépendants refont l'expérience de ce
chercheur isolé et obtiennent de tout autres résultats, leurs
conclusions négatives ne jouissent d'aucune publicité.
Si les médicaments homéopathiques reposent sur des principes
farfelus, les campagnes de marketing des compagnies pharmaco-homéopathiques
sont, par contre, beaucoup plus scientifiques.
Là je fatigue. Même si les labos homéopathiques génèrent du
profit, la vraie gêne vient de ce que de plus en plus de malades se
soignent par l'homéopathie. Il faut savoir que seulement 20% des
habitants de la planète sont concernés par la médecine classique. Ces
20% représentent chaque année 2000 milliards de dollars en
investissement de recherche pour la mise au point de nouvelles drogues.
Des parts de marché importantes sont en train d'échapper aux
lobbies.
Je passe sur les affirmations gratuites énoncées ci-dessous pour
souligner la naïveté de l'auteur qui parle de marketing
scientifique. Si la santé des gens n'était pas en cause, il y aurait
de quoi pleurer de rire.
Ce pauvre ignorant n'a donc jamais été voir comment une étude
se fait sur le terrain ? Comment on passe de la plainte du malade
au bout de papier censé enregistrer des faits. Le biologique ne peut être
analysée comme les phénomènes physiques (Einstein lui même disait
que la biologie échappe aux règles de la physique). En pratique on
sort une drogue très vite, on teste sa tolérance, et on dispose de 2
ans pour l'exploiter à fond le temps que ses effets secondaires
soient trop gênants et l'on passe vite à la drogue suivante. Ce
n'est rien d'autre qu'un processus de consommation. La science est
prise en otage par les gros profits de l'industrie.
Enfin, comment un monsieur dont on vient de voir tout au long
l'absence de rigueur et de scrupule peut-il parler de science ?
Que contiennent les granules ?
L'échec des médicaments homéopathiques sur le terrain de l'expérience
clinique n'a rien de surprenant lorsqu'on prend la peine de demander
aux homéopathes ce qui se trouve dans leurs granules. Les manuels
d'homéopathie nous expliquent candidement que leur potion est préparée
à partir de produits toxiques (exemple : pétrole, mercure, acide
nitrique) censés produire en faible dilution les mêmes symptômes
que ceux qu'ils prétendent soigner.
Ces produits sont ensuite dilués dans des volumes d'eau (ou
d'autres solvants) considérables, généralement des milliards de
milliards de fois plus importants que le produit. La dilution est si
importante que, de l'aveu même des homéopathes, pour plusieurs
prescriptions, les granules ne contiennent même pas une molécule
du produit de départ. Pour expliquer l'action des granules où il
n'y a plus de produit initial, les homéopathes sont alors
contraints d'évoquer un mécanisme magique qu'ils appellent
"la dynamisation". La science et le bon sens, pour leur
part, nous montrent plutôt que si les granules homéopathiques ne
sont pas plus efficaces que des granules de sucre, c'est tout
simplement parce que ce sont des granules de sucre et rien d'autre.
Les bras m'en tombent devant autant de stupidité. C'est
l'argument classique : la terre est plate sinon on va tomber,
etc.
J'aime particulièrement les travaux de Lasne, Conte et collègues.
Il est facile de reproduire leurs tests en résonance magnétique nucléaire
et curieusement la presse officielle n'en parle pas. Le principe est le
suivant: une solution aqueuse émet en RMN un certain signal (on se sert
de ce principe dans l'imagerie médicale). Nos chercheurs ont donc mesuré
le signal émis par de l'eau pure dans laquelle on verse une goutte
d'eau pure et qu'on secoue, et ainsi de suite. Le résultat est
rassurant pour la raison : le signal reste inchangé, l'eau diluée
dans l'eau reste de l'eau ! Il va aussi de soi que la présence
d'un soluté modifie le signal, qui est différent de celui de l'eau
pure.
Nos auteurs ont ensuite testé des solutions préparées selon le
mode de dilution / dynamisation hahnemannien, en mettant une goutte de
soluté dans cent gouttes d'eau, etc. A lieu d'obtenir à mesure de la déconcentration
un signal qui devrait théoriquement se rapprocher de celui de l'eau
pure, on observe justement un signal tout différent que l'on peut corréler
avec la substance de départ. En d'autres termes, chaque substance
dynamisée modifie la solution qui la contient qui émet un signal qui
lui est propre. De plus, ce signal apparaît se modifier de façon
chaotique en fonction des secousses que l'on imprime à la solution.
Tantôt il diverge énormément de celui de l'eau pure, tantôt il s'en
rapproche, ce qui suggère l'existence d'assemblages au sein des molécules
d'eau qui se font, se défont ou se modifient au gré des ondes de choc.
La compréhension du phénomène et son explication restent à
produire, quoi qu'il en soit (et d'autres expériences vont dans ce
sens) le médicament homéopathique n'est pas de l'eau pure.
Il faudrait ici encore s'informer proprement. Le dernier bastion
de l'ignorant c'est justement le bon sens, le même bon sens qui a
fait croire que le soleil se lève, que la chaise sur laquelle on est
assis est solide alors qu'elle est composée à 98% de vide, etc.
Ma position n'est pas celle d'un scientifique, mais celle du médecin
qui consacre 20 ans à l'étude du phénomène, et pas 20 minutes à rédiger
un bout d'article bien nul cité comme référence par des lecteurs
encore plus incultes. Mon travail c'est de guérir si possible mon
malade. Les scientifiques nous diront sous peu de quoi le médicament
est fait, les études ne manquent pas mais curieusement ce monsieur ne
les connaît pas.
Le mystère de la foi
On ne peut raisonner un croyant et, autour de nous, on trouve
beaucoup de croyants : telle amie souffrant d'hémorragies utérines
et qui se refusait au curetage recommandé par son médecin est guérie
par les granules, tel migraineux et tel enfant à otites répétées
sont maintenant libérés de leurs souffrances par l'homéopathie.
Ces guérisons spectaculaires n'ont rien de surprenant. Elles ne
sont pas particulières à l'homéopathie. La médecine de Moyen Âge
réalisait les mêmes exploits isolés en pratiquant des saignées.
Le frère André faisait des miracles avec de l'huile de
Saint-Joseph. Dans les études expérimentales, on trouve en effet
des sujets qui guérissent après avoir pris des granules homéopathiques,
mais dans les "groupes contrôles" de ces mêmes études où
les sujets ne reçoivent que des granules de sucre, on trouve le même
nombre de guérissons miraculeuses.
La médecine moderne ne peut se satisfaire ni des saignées, ni
de l'huile de Saint-Joseph, ni des granules de sucre, parce que
leurs effets miraculeux sont trop rares et trop imprévisibles. Elle
doit se construire sur des traitements, imparfaits certes, mais dont
les résultats sont raisonnablement fondés.
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(1) Nouvelles C.S.N., 29 janvier 1993, numéro 354, p. 12-13.
(2) Aulas, J.J., An Al. (1985), L'homéopathie (approche
historique et critique, et évaluation scientifique de ses
fondements empiriques et de son efficacité thérapeutique), Éd.
Roland Bettex. Hill C. et Doyon F. (1990), "Review of
Randomized Trial of Homeopathy", Revue d'épidémiologique et
de santé publique, 1990, vol. 38 no 2, p. 139-147. British Medical
Association, Alternative Therapy, Londres, British Medical
Association, mai 1986.
(3) Aulas, J.J., Bardelaiy, G. (1992) Homéopathie (état actuel
de l'évaluation clinique), Éd. Frison-Roche.
(4) The Lancet, 5 mars 1988, p. 528-529.
(5) Rouzé, M. (1989), Mieux connaître l'homéopathie, Ed. La Découverte
Vient enfin l'apothéose finale : les 20 millions de malades
soignés en France par l'homéopathie ne sont pas malades, mais guérissent
grâce à la foi. Je ne relève pas l'insulte faite aux gens
souffrants...
Devant les démonstrations cliniques de plus en plus biaisées par
le marketing des laboratoires officiels, devant les magouilles de plus
en plus évidentes entre l'industrie chimique et les gouvernements,
seule compte la sanction du public, que l'homéopathie ne craint pas.
C'est justement devant ce tribunal populaire que la médecine
classique se condamne, les gens ne sont plus crédules et se mettent à
critiquer. C'est parmi ce genre de public rationnel et dégoûté
d'avoir à prendre sans cesse des traitement inefficaces, aux antipodes
des crétins ânonnants que se complait à décrire l'auteur de
l'article, que recrute l'homéopathie.
Pour finir il est navrant qu'on puisse tomber aussi bas dans la rédaction
de tels torchons tout en se faisant passer pour " scientifique ".
Il nous reste deux façons d'expliquer une telle attitude : la bêtise
ou l'intérêt, je laisse au public le soin de juger. Ceci servira de
témoignage pour les patients des générations futures qui ne
parviendront pas à réaliser autrement à quel genre de mauvaise foi
organisée nous nous sommes heurtés, eux pour qui l'homéopathie sera
devenue la façon évidente de se soigner.
Dr Edouard Broussalian.
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